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Tout savoir (ou presque) sur histoire de l’émail

Quand sont apparus les premiers émaux ?

Recherche de reconstitution de pâtes égyptiennes lors d'un workshop à La Cambre, animé par France Ossieur
Recherche de reconstitution de pâtes égyptiennes lors d’un workshop à La Cambre, animé par France Ossieur

Les premiers émaux ont été découvert vers 4000 avant JC, dans l’Egypte antique : on les appelle “pâtes égyptiennes”. 
A l’époque, on mélangeait du sable avec du “natron”, un mélange naturel de sels de sodium : ces sels de sodium étant solubles, ils migraient à la surface lors du séchage, formant une fine couche poudreuse. A la cuisson, cette poudre fondait, formant un verre.  L’ajout d’oxyde de cuivre a permis d’obtenir la couleur turquoise caractéristique de ces pâtes égyptiennes. 

On classe parfois ces pâtes égyptiennes dans les “faïences”, alors qu’elles ne contiennent pas d’argile à proprement parler. 

Un dragon de la Porte d'Ishtar à Babylone, conservée au musée Pergame à Berlin
Porte d’Ishtar : détail

En Mésopotamie, les potiers réalisaient des briques moulées qu’ils émaillaient avec des émaux alcalins brillants : cette technique de terre vernissée a été utilisée pour réaliser des frises décoratives, telles que celles de la Porte d’Ishtar à Babylone (conservée au musée Pergame à Berlin); cette monumentale et superbe porte décorée est datée de 2600 ans avant JC. 

Différents oxydes ont été utilisés pour apporter la couleur dans l’émail : cuivre, manganèse, fer et cobalt. 

Le plomb et l’antimoine auraient aussi été utilisés, bien que seulement en faibles quantités (Bloomfield L., Colours in Glazes, or.ed. 2012)

Les premiers “vernis” au plomb : on les utilise depuis longtemps !

Céramique sancai de l'époque Tang
Céramique 3 couleurs de l’époque Tang, appelée “Sancai” (“san” = 3)

L’utilisation du plomb pour obtenir une surface vitrifiée apparaît en Chine et dans l’Empire byzantin, à la fin du premier millénaire avant JC. Par rapport aux glaçures alcalines, ces “vernis au plomb” présentaient le double avantage de ne pas présenter le réseau de fines craquelures propres à ces dernières, et de nettement moins risquer de se désintégrer. 

A l’époque de la dynastie Tang (618 à 907 de notre ère), les potiers utilisaient 3 couleurs : le vert de cuivre, le blanc et le jaune-brun de fer. 

L’usage du plomb s’est répandu jusqu’au Moyen-Orient et en Europe, où on saupoudrait les pots avec de la poudre de galène, un minerai de plomb aussi connu sous le nom d’alquifoux.

Lorsque les potiers chinois ont eu l’idée de construire des fours couchés, ralentissant ainsi la vitesse de progression des flammes, ils ont réussi à atteindre des températures de plus de 1200°C. 

A ces températures les cendres de bois qui se déposent sur les pots fondent, formant du verre : observant cela, ils se sont mis à mélanger des cendres de bois avec de l’argile et de la craie (voir mon article) pour créer les premiers émaux de cendres – coulants, et de couleur verte.

Durant la dynastie Tang, les potiers du Sud de la Chine ont eu l’idée d’ajouter un feldspath de leur région qu’on appelle “China Stone”- “baidunzi” ou”pétunzé”) au mélange précédent. L’ajout de cette matière a permis d’obtenir des émaux céladons. C’est également de cette époque que date la découverte des premières pâtes à porcelaine, mélange de “pétunzé” et “kaolin” (voir ici un autre article consacré à ce sujet). 

Email tenmoku de l'époque Song
Tenmoku

Durant la dynastie Song (960 à 1279), plusieurs émaux somptueux furent développés :

(Cliquez sur les liens pour des exemples).

Les porcelaines “blanc et bleu” naissent au 14e siècle

Email jaune dynastie Ming
Eh oui, ce superbe jaune a plusieurs siècles !

C’est seulement depuis la dynastie Ming (1368-1644) qu’on a importé du cobalt depuis la Perse, et c’est ainsi que la porcelaine bleue et blanche s’est développée. 

Et les chinois ont créé quantité d’autres couleurs, incluant le rouge de cuivre et le jaune de fer, ce dernier étant un émail de basse température au plomb, appliqué après la 1e cuisson à haute température – et donnant un jaune lumineux.

Changeons de lieu : au Moyen-Orient, des tentatives d’imitation de la porcelaine chinoise. On recouvrait le tesson de faïence avec un émail opacifié et blanchi avec de l’étain, qu’on décorait avait des oxydes : cobalt, cuivre, manganèse et fer. Je pense que la bi-cuisson trouve ici son origine, puisque l’émail à l’étain était appliqué sur le tesson cuit une première fois. 

La technique du lustre a été développée en cuisant des oxydes d’argent et de cuivre en réduction, pour produire un éclat métallique.

Ces techniques se sont répandues en Espagne, lors de l’invasion des Maures, du 8e au 15e siècle.

La “majolique” s’est ensuite répandue dans le sud de la France et en Italie, où on l’a appelée “faïence” (du nom de la ville de Faenza). 

Intéressé par la suite ? voyez l’article “le monde de la basse température“. 

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Qui suis-je ? Joëlle Swanet, Professeure de Chimie des Emaux

“Expliquer des phénomènes complexes dans un langage accessible à tous ” 

Copyright: le contenu de ce blog est accessible librement, toutefois il n’est pas autorisé de le reproduire ou l’utiliser sans autorisation écrite de l’auteur. 

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