Pâtes céramiques : connaître la température de cuisson maximum

Une faïence cuite à haute température risque de fondre comme de la lave dans le four.

 

Chaque pâte a ses propres caractéristiques de plasticité, couleur, retrait, résistance au choc thermique et chacune aussi son « point de cuisson » idéal – ou plage de température de cuisson idéale. Il est important de connaître cette température pour chacune des pâtes avec lesquelles vous travaillez, afin d’éviter des accidents de cuisson.

 

Sur les photos illustrant ce post, une pâte achetée en Italie a été utilisée pour façonner des sculptures. Les objets ont ensuite été ramenés en Belgique pour la cuisson. La personne qui a réalisé ces sculptures ne connaissait probablement pas le fait que chaque pâte a une température de cuisson maximum, et cette pâte brune ressemblait à s'y méprendre à une pâte commercialisée sous le nom « MN ». Sans instruction particulière, les sculptures ont été cuites à 1150°C (qui est la température de cuisson maximum de la MN) dans un four collectif. Sauf que ce n'était pas "de la MN" et cette température de 1150°C a suffi pour qu’elle se liquéfie. Lors du refroidissement, cette pâte céramique liquéfiée s'est figée puis est devenue comme de la pierre : vous imaginez la catastrophe.  Les plaques réfractaires, les résistances, les pièces d’autres personnes ont également été enveloppées de ce magma avant d’être emprisonnées (voir la photo ci-dessous). Outre les pièces perdues, c’est un gros dégât au niveau du four, avec un coût élevé.

 

Mais qu'est-ce qui fait que "ça fond" ? Les pâtes à grès contiennent beaucoup de silice et d’alumine et peu de fondants. Par comparaison les pâtes à faïence en contiennent davantage. On appelle « fondants » des molécules telles que le fer, le sodium, le potassium, le calcium, le magnésium… Plus il y en a, plus la température de fusion de la pâte (ou de l’argile) va baisser – inversément moins il y en a, plus la température de fusion va être élevée. Et nous avons intérêt à stopper la montée en température avant que la pâte (ou l’argile) commence à se déformer puis se mette à buller avant de fondre. (Voir la différence entre "argile" et "pâte céramique" dans un post précédent). 

 

J’ai lu sur un forum que certaines personnes avaient des problèmes avec une pâte de couleur, alors qu’ils n’avaient pas de problèmes « avant ». Une simple erreur de pesée lors de la fabrication d'une pâte céramique peut expliquer certains accidents de cuisson. Si trop de fondants ont été ajoutés par erreur lors de la préparation, tout un lot (souvent de plusieurs tonnes) peut se retrouver non conforme. 

 

Les initiatives de "fours partagés" relèvent d'une démarche généreuse et solidaire : je ne peux que soutenir cette approche. Il faut cependant être vigilant pour éviter ce type d'accident. Lorsqu'on me demande de cuire un objet sans connaître le nom et donc la température de cuisson maximum de la pâte, je propose de faire un essai en cuisant un échantillon dans un bol en grès, ainsi pas de dégât dans le four si cet objet se retrouve fondu. 

J'évoquerai d'autres accidents de cuisson dans des articles ultérieurs. 

 

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Qui suis-je ? Joëlle Swanet, Professeure de Technologie céramique.
"Expliquer des phénomènes complexes dans un langage accessible à tous est un métier que j'adore".

 

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Joëlle Swanet

Professeur de technologie de la céramique 

joelle.swanet@gmail.com

1315 Glimes (Belgique)

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