Acheter et installer son premier four céramique

Aller dormir pendant une cuisson était impossible il y a seulement quelques dizaines d’années !

Lorsque j'ai acheté mon premier four électrique il n'existait pas encore de "catalogues de fours" et nous n'avions pas encore d'ordinateurs domestiques, autrement dit mon premier programmateur m'a coûté très cher et n'offrait pas encore beaucoup de possibilités par rapport à ce qu'on peut faire aujourd'hui. 

Les fours électriques sont une invention très récente

Four céramique électrique pour cuisson de grès
Four céramique électrique pour cuisson de grès

Les fours électriques sont apparus au vingtième siècle : avant l’apparition de la fée électricité, existaient uniquement les fours à flamme, qui étaient de gros outils industriels. Ce phénomène a complètement modifié le métier de céramiste.

Acheter un four électrique individuel est possible aujourd’hui grâce

  • au fait que l’électricité est disponible partout – c’est nouveau dans l’histoire de l’humanité 
  • à l’évolution de la pyrométrie
  • et à l’évolution de l’électronique, puisque les fours peuvent être pilotés par des programmateurs.

 

Ces fours électriques sont donc les plus récents ; ils chauffent par RADIATION. Lorsque les résistances se trouvent sur toutes les faces du four, la chaleur sera plus homogène. A contrario il sera plus difficile d’obtenir la même température dans toutes les zones du four si les résistances se trouvent uniquement sur les parois latérales : on peut essayer de compenser en partie ces différences de température en allongeant la durée du palier de fin de cuisson.

Les programmateurs de cuisson qui accompagnent aujourd’hui nos fours électriques rendent la cuisson très confortable, mais seules les cuissons oxydantes sont possibles dans un four électrique. Cela dit, ne pas devoir rester à côté du four – et accessoirement pouvoir aller dormir ! – durant les cuissons est quelque chose de révolutionnaire dans l’histoire de la céramique !

J'explique la différence entre cuisson oxydante et cuisson réductrice dans cet article.  

Four en briques réfractaires ou four en fibre ?

L’isolation d’un four électrique se fait soit

  • par de la fibre réfractaire : moins cher, permet une économie d’électricité lors de la montée en température, refroidissement du four rapide (il faut parfois continuer à chauffer durant le refroidissement), la fibre rend le four beaucoup plus léger mais est irritante et toxique pour les poumons – en plus elle vieillit mal – attention aux zones de frottement ;
  • par des briques réfractaires : plus cher à l’achat, coûte plus cher à chauffer, moins toxique, refroidissement du four lent s’il y a deux couches de briques, moyennement lent s’il y a une seule couche ; un four en briques réfractaires est plus lourd qu’un four en fibres.
Four à chambre double en briques réfractaires, construit à Villecroze selon plan personnel de Joëlle Swanet
Le four que j'ai construit, en briques réfractaires, haute température, au gaz, plan personnel inspiré des noborigama

De même, l'isolation d'un four à flamme (bois, gaz, ...) peut aussi se faire avec de la fibre - même si bien sûr, traditionnellement (avant l'invention de ces fibres réfractaires) on utilisait des briques.

 

Si on choisit les briques pour un four à flamme (= plus cher mais plus sain que la fibre), notez une grosse différence entre les fours à bois et les fours à gaz : un four à bois sera isolé avec des "briques lourdes" alors qu'un four à gaz est isolé avec des "briques légères". Et les briques sont aussi des... matériaux céramiques ! En fonction de la température à laquelle on souhaite pouvoir monter avec le four que l'on construit, leur composition change : plus on veut pouvoir monter haut en température, plus les briques doivent contenir de l'alumine. Ces briques s'achètent à l'unité et il en faut plusieurs centaines voire plusieurs milliers, en fonction de la taille du four que l'on veut construire. 

Cette remarque vaut également pour un four raku de petite taille : un four en fibre sera moins cher et chauffera plus vite (il refroidira plus vite aussi) - mais les fibres céramiques représentent toujours un danger pour les poumons. Un four raku en briques réfractaires légères est plus lourd mais moins impactant au niveau des poumons. 

 

Pensez qu'à chaque cuisson, on cuit non seulement le contenu du four, mais aussi le four lui-même ainsi que tout le matériel réfractaire (plaques, quilles d'enfournement...). Un four souffre à ces températures : il bouge, souvent il se fend et des réparations fréquentes sont nécessaires. On est à des températures de transformation de la matière donc votre four lui aussi bouge, gémit, craque, se fend ! Sur la photo de mon four on peut voir que la chambre de gauche nécessite un "verrou" pour éviter que les parois s'écartent à la cuisson, la chambre de droite est auto-portante mais a nécessité un temps énorme à la consctruction + le chargement est plus compliqué que pour la chambre de gauche. 

Mon outil préféré : le G.B.S. (Gros Bon Sens)

Lors de l’achat d’un four électrique, n'oubliez pas les points suivants :

a)  Prévoir l’installation du four dans un local bien aéré – c’est un outil industriel, pas un four de cuisine ! les émanations sont très toxiques, c'est inévitable, même avec un choix de matières premières réfléchi pour minimiser la dangerosité des fumées. Pour cette raison un local séparé du lieu où vous travaillez est hautement recommandé. Ce local sera aéré et éventuellement muni d'un extracteur d'air. 

b)  Attention à la puissance électrique disponible, cela déterminera le volume du four (exemple : avec 14 KW, je peux avoir un four de 150 litres qui monte à 1350°C – je peux avoir un plus grand volume si mon four doit monter moins haut en t°). Faites-vous conseiller si vous n'êtes pas un as de l'électricité.

c)    Penser à mesurer la porte par laquelle le four devra passer avant de le commander. C'est dommage qu'il ne puisse pas entrer, et ce sont des choses qui arrivent !

d) Veiller également à la préparation du four avant la première cuisson. Il y a deux raisons pour cela : la première est de cuire les plaques réfractaires à haute température – en effet elles sont produites par coulage et n’ont pas été cuites à haute température avant d’être vendues. La seconde raison est d’oxyder les résistances pour les protéger. 

Recommandations d'un technicien de fours

En pratique, les recommandations que j’ai reçues d’un installateur sont les suivantes :

  • les plaques badigeonnées et bien sèches (minimum 24h de séchage après badigeonnage) seront portées à vide à 50°C/heure jusqu’à 600°C (cela prendra donc 11 heures) et ensuite vitesse rapide jusqu’à 1150-1170°C
  • pour oxyder les résistances, une cuisson rapide (300°C/h) à vide jusqu’à 1150-1170°C est suffisante.

Dans le cas d’un four neuf où il faut à la fois oxyder les résistances et rigidifier les plaques de cuisson, le programme « plaques » est OK pour les deux. Dans le cas où on change uniquement les résistances (réparation d’un four), la cuisson rapide est OK.

 

Personnellement je n’étais pas informée de ces recommandations lors de la première utilisation de mon premier four électrique (en 1993). Alors pour vous dire « toute la vérité, rien que la vérité », j’ai fait une cuisson de dégourdi, sans précuisson de mes plaques. Je n’ose pas recommander cela, mais il n’y a pas eu de catastrophe.

 

Vous trouverez ici plusieurs recettes pour protéger les plaques réfractaires : elles coûtent cher alors autant augmenter leur durée de vie !

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Qui suis-je ? Joëlle Swanet, Professeure de Technologie céramique.
"Expliquer des phénomènes complexes dans un langage accessible à tous est un métier que j'adore".

 

Copyright : le contenu de ce blog est accessible librement, toutefois il n'est pas autorisé de le reproduire ou l'utiliser sans autorisation écrite et en mentionnant le nom de l'auteur.

Joëlle Swanet

Professeur Technologie de la céramique & Slow Throwing

joelle.swanet@gmail.com

1315 Glimes (Belgique)

83690 Villecroze (France)

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