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Emaillage : pourquoi le tesson influence le temps de séchage

Emaillage par versage, la pièce étant en rotation sur un tour de potier
Emaillage par versage

L’émaillage se fait généralement par aspersion, trempage ou pulvérisation, parfois également au pinceau (je ne parle pas ici du décor, ni des diverses variantes comme les superpositions etc).

Chacune de ces techniques demande un apprentissage et un bon coup de main afin d’obtenir une couche de matière ni trop fine ni trop épaisse et posée régulièrement. Ce n’est pas toujours facile, aussi il existe des colles et autres additifs qui peuvent nous aider à obtenir de bons résultats. Cet aspect de l’émaillage s’appelle la “rhéologie”, et on parle “d’additifs rhéologiques” : on les connaît la plupart du temps sous leur “nom de marque” (comme “peptapon”, “giessfix”,…) mais en gros il s’agit de travailler sur la façon dont va se comporter le bain d’émail lors du contact. Il faut qu’il ne soit ni trop liquide ni trop épais (là il s’agit de la densité) mais aussi qu’il se comporte comme un léger “gel” : pas comme du gel hydroalcoolique, ce serait trop – mais s’il est légèrement gélifié il n’y aura pas de coulures, il pourra être appliqué au pinceau etc.

Si le tesson est très ouvert, il absorbera rapidement l’eau. Si le tesson est plus fermé – parce que cuit à plus haute température, ou parce qu’il a été poli – l’eau sera moins bien absorbée voire pas du tout, et l’émail va mettre du temps à sécher. A retenir : la température de première cuisson du tesson influence le séchage, de même que le polissage. J’ajoute que trouver la bonne température est important : si vous cuisez systématiquement trop bas, le risque est que le dégazage du tesson soit insuffisant, ce qui provoquera des défauts lors de la cuisson émail. Cette “bonne température” varie en fonction de la pâte.

Mais avant cela, il est intéressant de comprendre comment se comporte un bain d’émail (ici j’explique pourquoi j’utilise le terme « émail » comme générique).

Soluble ou insoluble

Les matières premières composant nos émaux doivent être les plus insolubles possible ; cela signifie que les particules ne se dissolvent pas dans l’eau (comme le fait le sel de cuisine) mais qu’elles « flottent » (comme de l’huile)  ou « se déposent » (comme des graviers). Nos particules se comportent plutôt comme des graviers : les plus lourdes ont une tendance naturelle à descendre dans le fond du seau : on dit que les émaux ont tendance à “plomber”. 

C’est la raison pour laquelle on ajoute généralement un « suspenseur » dans l’émail (par exemple un peu de bentonite). C’est aussi la raison pour laquelle nous devons remuer en permanence les seaux, afin que les particules les plus lourdes restent bien en suspension au moment de l’émaillage.

Lorsque le bain d’émail entre en contact avec le tesson, l’eau va pénétrer dans le tesson, et les matières premières composant l’émail se déposent à la surface pour former ce qui deviendra une fine couche de verre après cuisson.

Cuisson de “bassinage” : pourquoi faire ?

Lorsque la surface est sèche on dit que l’émail a « ressuyé » – on peut prendre la pièce en main mais le tesson contient encore de l’eau.

Il est préférable de laisser cette eau s’évaporer complètement avant d’enfourner – donc attendre quelques heures avant de lancer la cuisson d’émail. La durée de ce séchage va dépendre des conditions atmosphériques : je vis en Provence et lorsqu’il fait très sec, cela peut ne prendre que deux heures en plein soleil – par contre durant les périodes humides, j’attends au moins 24 heures avant de lancer la cuisson.

L’alternative est d’utiliser un programme de séchage, avec la porte (ou le couvercle) du four entrouverte, pour laisser s’évacuer toute la vapeur d’eau : cela s’appelle une cuisson de “bassinage”. Laisser la porte entrouverte permet à la vapeur de s’échapper : la minuscule cheminée des fours électriques est un peu sous-dimensionnée pour ce faire. On peut vérifier que toute l’eau s’est évaporée à l’aide d’un miroir ou autre surface sur laquelle on peut voir s’il y a encore de la buée qui se dépose.

A noter que certaines matières premières ne sont pas 100% insolubles, cela explique parfois certaines auréoles, car les parties solubles ont migré dans le tesson. 

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