Recycler du verre de bouteilles en céramique

Je connais deux utilisations au verre de bouteilles - que l'on concasse bien sûr préalablement à l'utilisation :

1. c'est un substitut aux frittes, beaucoup utilisé dans l'industrie céramique en Afrique, où les frittes ne sont pas fabriquées sur place donc obligatoirement importées. Tout l'intérêt d'utiliser du verre pilé, en plus du recyclage d'un matériau local abondant, est le prix. Broyer des bouteilles demande un outillage assez simple et requiert nettement moins d'énergie : c'est beaucoup moins coûteux qu'obtenir une fritte, qui nécessite une cuisson à haute température.

2.on peut aussi l'utiliser à des fins décoratives en posant des petits morceaux concassés à l'intérieur d'une pièce en céramique : ce verre recyclé va fondre et ensuite reformer une fine couche de verre au refroidissement. On peut également mélanger l'émail et la poudre de verre.

Bien sûr la composition de chaque verre de bouteilles ne sera pas identique, déjà selon qu'il soit vert,  brun ou transparent et de plus, à l'intérieur de chacune de ces catégories, les compositions varient également. N'oubliez pas que certains verres - tels que le cristal par exemple - contiennent du plomb. D'autres comme le pyrex contiennent pas mal de bore.

Il est donc utile de commencer par trier vos bouteilles par "marque" de ce qu'ils ont contenu. Si vous envisagez l'utilisation à des fins décoratives, il faudra tester la température à laquelle chacune des poudres que vous aurez obtenue va donner une bonne fusion - et testez cela en petite quantité, à l'intérieur de récipients pour éviter des catastrophes au niveau du four et des plaques de four. En effet la température peut varier énormément - autour de 900°C s'il y a du plomb dans le verre utilisé, et jusqu'à 1250 ou 1280°C, en fonction de la composition. Ca fait un éventail plutôt large.

 

Voyons d'abord l'utilisation en tant que fritte. Il faudra broyer les bouteilles et piler le verre avant de le passer dans un broyeur à jarres pour obtenir une très fine poudre. La poudre sera tamisée par un tamis de Mesh 200 - (attention, protégez-vous des poussières de silice par le port d'un masque FFP3).

Si vous ne connaissez pas la composition du verre que vous utilisez, la méthode "essayer et voir" vous donnera des résultats, que vous affinerez. La composition de ces verres de bouteille étant très riche en alcalis (puisque les bouteilles sont obtenues par coulage dans des moules), il faudra absolument un apport d'alumine, donc ajouter de l'argile - par exemple du kaolin.

 

Ce procédé est pratiqué au Ghana, où on peut obtenir ainsi à très bas prix des glaçures qui vont fondre autour de 1150°C (*) :

- par mélange d'une argile locale (20%) avec une fritte de verre pilé (80%) à partir de bouteilles brunes récupérées (Guinness et Gulder)

- par mélange de la même argile locale (10%) avec une fritte (90%) obtenue à partir de bouteilles vertes (ayant contenu des bières des marques Star et Club).

Les infos ci-dessus sont issues d'un article de Kofi Boateng, Use of discarde broken bottles as substitute for frit in the manufacture of glaze, in Journal of the Kwame, Nkrumah University of Science and Technology, Vol. 20 n°s 1-2 & 3, 2000. Dans cet article vous trouverez les formules de Seger des recettes indiquées.

 

Nous n'avons pas identiquement les mêmes verres, mais ces recettes peuvent vous donner des idées de point de départ pour une recherche technologique, permettant de composer des glaçures peu coûteuses à partir de matériaux recyclés.

Recyclage de verre de bouteille en céramique
Recyclage de verre de bouteille en céramique

Si vous n'avez pas de broyeur à jarres, ça va être compliqué d'obtenir une poudre suffisamment fine. En alternative, vous pouvez piler du verre aussi finement que possible dans un mortier. Je l'ai déjà fait à partir de verre de couleur verte ou bleue (bouteilles de bière ou d'alcool, pas de verres en cristal pour éviter le plomb) ainsi qu'avec des verres de plein de couleurs différentes issus de déchets d'artisans du vitrail.  J'ai ensuite posé un peu des poudres obtenues (triées par couleur bien sûr) sur un émail blanc ou transparent, avec des résultats variables.

Immanquablement le verre tressaille - pour plusieurs raisons : sa richesse en alcalis, le refroidissement très rapide comparé au verre de bouteilles (qui est refroidi lentement et par palier successifs), et le fait qu'il est ici posé sur un support alors que le verre de bouteilles est auto-portant.

Si vous créez des pièces à usage alimentaire avec cette méthode et que vous les commercialisez, n'oubliez pas qu'une analyse de laboratoire est nécessaire afin de vérifier qu'il n'y ait pas de migration d'éléments contrôlés - en tout cas que vos pièces sont sous les seuils admis par la réglementation : voir ici l'article sur la céramique "alimentaire".

Et vous, avez-vous essayé, et avec quels résultats ? N'hésitez pas à partager : j'ajouterai vos témoignages - si possible avec photo - à la suite de cet article !

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Merci à Amélie : amy_papote sur insta - pour le partage de ces images. 

Et merci à Alice, www.atelier-oma.com - qui explique cet essai à basse température :

 

il s'agit de faïence rouge et trio de verre pilé ou en morceaux à 980°C : on retrouve les morceaux entiers de bruns bien délimités et le vert et bleu pilés qui s'entremêlent. Il s'agit de verres de bouteilles de bière, expérimentations réalisées dans l'atelier Matière Contact à Lyon.  

 

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Qui suis-je ? Joëlle Swanet, Professeure de Technologie céramique.
"Expliquer des phénomènes complexes dans un langage accessible à tous est un métier que j'adore".

Formations en présence, en visioconférence et en vidéos.  

 

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Joëlle Swanet

Professeur Technologie de la céramique & Slow Throwing

joelle.swanet@gmail.com

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