Emaillage : zoom sur l'instant contact avec le tesson

L’émaillage se fait généralement par aspersion, trempage ou pulvérisation, parfois également au pinceau (je ne parle pas ici du décor, ni des diverses variantes comme les superpositions etc). Chacune de ces techniques demande un apprentissage et un bon coup de main afin d’obtenir une couche de matière ni trop fine ni trop épaisse et posée régulièrement. Ce n’est pas toujours facile, aussi il existe des colles et autres additifs qui peuvent nous aider à obtenir de bons résultats. Mais avant cela, il est intéressant de comprendre comment se comporte un bain d’émail (en référence à mon précédent article j’utilise ici le terme « émail » comme générique).

 

Les matières premières composant nos émaux doivent être les plus insolubles possible ; cela signifie que les particules ne se dissolvent pas dans l’eau (comme le fait le sel de cuisine) mais qu’elles « flottent » (comme de l’huile)  ou « se déposent » (comme des graviers). Nos particules se comportent plutôt comme des graviers : les plus lourdes ont une tendance naturelle à descendre dans le fond du seau. C’est la raison pour laquelle on ajoute généralement un « suspenseur » dans l’émail (par exemple un peu de bentonite). C’est aussi la raison pour laquelle nous devons remuer en permanence les seaux, afin que les particules les plus lourdes restent bien en suspension au moment de l’émaillage.

 

Lorsque le bain d’émail entre en contact avec le tesson, l’eau va pénétrer dans le tesson, et les matières premières composant l’émail se déposent à la surface pour former ce qui deviendra une fine couche de verre après cuisson.

Lorsque la surface est sèche on dit que l’émail a « ressuyé » - on peut prendre la pièce en main mais le tesson contient encore de l’eau. Il est préférable de laisser cette eau s’évaporer complètement avant d’enfourner – donc attendre quelques heures avant de lancer la cuisson d’émail. La durée de ce séchage va dépendre des conditions atmosphériques : je vis en Provence et lorsqu’il fait très sec, cela peut ne prendre que deux heures en plein soleil – par contre durant les périodes humides, j’attends au moins 24 heures avant de lancer la cuisson. L’alternative est d’utiliser un programme de séchage, avec la porte (ou le couvercle) du four entrouverte, pour laisser s’évacuer toute la vapeur d’eau. Laisser la porte entrouverte permet à la vapeur de s’échapper : la minuscule cheminée des fours électriques est un peu sous-dimensionnée pour ce faire. On peut vérifier que toute l’eau s’est évaporée à l’aide d’un miroir ou autre surface sur laquelle on peut voir s’il y a encore de la buée qui se dépose.

 

A noter que certaines matières premières ne sont pas 100% insolubles, cela explique parfois certaines auréoles, car les parties solubles ont migré dans le tesson. 

 

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Qui suis-je ? Joëlle Swanet, Professeure de Technologie céramique.
"Expliquer des phénomènes complexes dans un langage accessible à tous est un métier que j'adore".

 

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Joëlle Swanet

Professeur de technologie de la céramique 

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