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Analyse de labo d’une pièce achetée sur un marché potier : méchante surprise

Mug raku acheté sur un marché potier

J’ai acheté cette pièce durant le marché potier d’Aubagne, j’avoue ne plus me rappeler en quelle année. Je ne connais pas la céramiste, je me souviens simplement lui avoir demandé si elle disposait d’une analyse. La réponse était négative mais je trouvais son travail sympa. Alors je lui ai demandé si elle utilisait du plomb, la réponse était également négative. J’ai donc acheté ce gobelet – rassurée par ses “bonnes pratiques”, et je l’ai quelquefois utilisé, heureusement pas au quotidien.

Jolie pièce raku avec agréable tenue en main, garantie verbalement sans plomb lors de l'achat

Une analyse après quelques années d’utilisation

Quelques années ont passé, et nous avons utilisé cette pièce parmi d’autres à des fins d’analyse. Notre interrogation à la base : est-ce qu’un relargage est encore possible – ou pas – après plusieurs années d’utilisation. En effet, lorsque nous analysons des résultats de relargage successifs nous observons souvent – mais pas toujours – une décroissance de migration.

Eric a utilisé de l’acide citrique. Il a calculé la concentration pour obtenir un pH de 2,5 correspondant à la norme utilisée par les laboratoires de contrôle. La solution a été laissée au contact de la pièce une vingtaine d’heures. Il a ensuite apporté le liquide au labo et nous avons patienté quelques jours pour avoir les résultats.

Intérieur d'un gobelet raku que nous avons fait analyser en laboratoire
Intérieur de ce gobelet raku

Résultats consternants

Dans l’intervalle, nous avons observé que le simple contact avec l’acide durant quelques heures a eu comme résultat visible à l’oeil nu l’apparition d’une fine poudre blanche sur la surface intérieure du récipient. Ce précipité de très fins cristaux blancs provient de l’émail, puisqu’après chaque lavage, ce phénomène réapparaît.

On sait que le raku n’est pas alimentaire

Oui bien sûr, le raku n’est a priori pas alimentaire puisque le tesson est poreux. On peut néanmoins se dire que pour boire du thé ou du café, qui ne restera pas longtemps dans le récipient, un bol ou un mug en raku peut faire l’affaire. Eh bien je suis presque tombée de ma chaise en lisant les résultats de l’analyse.

Relargage massif d’aluminium, présence d’arsenic…

L’analyse a été effectuée le 19 avril 2023. Je reprends ici les principaux éléments préoccupants.

L’élément Aluminium

Les normes de l’EFSA (European Food Safety Agency) sont de 200 µg/litre pour l’eau potable, et la norme pour le relargage à partir d’une céramique sera probablement fixée à 1000 µg/litre. Or ici le relargage est de 50.303 µg/litre. C’est effarant, cela représente 50 fois plus que ce qui est admissible.

L’élément Bore

L’élément Bore est présent à concurrence de 51.056 µg/litre. Les normes pour l’eau potable sont de 1000 µg/litre. Ici aussi on est à 50 fois plus. C’est bien joli de remplacer le plomb par du bore, encore faut-il que ce bore soit fixé dans la masse vitreuse, ce qui n’est manifestement pas le cas ici – et c’est invisible sans une analyse.

L’élément Zinc

Les normes de relargage fixées par l’EFSA sont de 1500 µg/litre. Ici on est à 13.593 µg/litre, environ 9 fois plus que la limite.

Le Baryum

L’EFSA fixe la limite à 1000 µg/litre, ici on est à 502 soit la moitié de ce qui est autorisé – mais souvenons-nous que cette pièce a été utilisée durant pendant quelques années. Je me demande ce qu’aurait donné l’analyse lors d’une première extraction.

L’Arsenic

La limite maximum pour l’eau potable est de 10 µg/litre, la limite fixée par l’EFSA pour le relargage à partir de céramique est de 18 µg/litre. L’analyse montre un relargage d’exactement 18 µg/litre. Je rappelle ici aussi que la pièce a été utilisé pendant plusieurs années, et la question est donc : qu’en est-il du relargage lors des extractions 1 – 2 ou 3 ? Autrement dit, quelle quantité d’arsenic ai-je ingéré sans le savoir lors des premières utilisations de cette pièce ? (même question pour le Baryum).

Le Plomb

En ce qui concerne le plomb, la limite actuelle de 10 µg/litre n’est pas dépassée, puisqu’on est à 3 µg/litre. A ce niveau cet émail est donc peut-être un “bon élève”. Pour autant je vous renvoie à l’article consacré au plomb car je préférerais que la présence de plomb soit de zéro, connaissant ses méfaits.

Autres éléments

Nous avons fait analyser tous les ions, et la surprise est de taille. Nous constatons que des oxydes généralement non analysés parce que non toxiques (sodium, potassium, calcium, silice) ont relargué massivement. Cet émail est donc d’une considérable instabilité donc quels que soient les éléments qu’on y ajoute, ils vont migrer. Si la silice elle-même migre, le simple contact avec un acide “dissout” le verre car il n’est pas suffisamment formé.

Or de visu, cet émail semblait stable et bien vitrifié.

gros plan sur l'extérieur de la pièce raku analysée

Cette pièce va sagement rester sur une étagère, parce que je continue à la trouver très jolie. Par contre je vais y coller solidement un logo “ne convient pas pour aliments”, pour le jour où mes filles videront mon atelier…

Logo ne convient pas pour aliments
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14 réponses sur « Analyse de labo d’une pièce achetée sur un marché potier : méchante surprise »

J’avais un peu de temps libre et ce sujet m’intéresse. Je sais que le raku n’est pas alimentaire mais : C’est toujours mieux d’en savoir plus. Merci pour ta démarche, édifiante en effet. Pourtant je trouve dommage que tu ne joigne pas les résultats du laboratoire estampillés car nous devons te “croire sur parole” et ta démonstration peut être mise en doute ou critiquée comme étant tendancieuse .

J’invite ceux qui doutent à faire analyser des pièces achetées sur des marchés, afin de tirer eux-mêmes leurs propres conclusions.
J’ajoute que les analyses ont été réalisées sur torche à plasma.

Bonjour,je trouve votre article très intéressant,pour moi d’emblée je ne consommerais pas dans du raku,mais j’aimerais bien un jour qu’une analyse soit faite sur une céramique vendue en supermarché . En attendant pouvez vous me renseigner sur un labo vers lequel je pourrais me tourner pour faire analyser mes céramiques.
Je vous remercie de votre réponse .

Pardonnez moi de contester cet article car il y a, à mon avis une erreur d’interprétation qui fait croire que boire dans ce verre en céramique vous entraînera tôt ou tard au cimetière.
L’analyse est une chose, mais buvez vous régulièrement des liquides à PH 2,5 avec ce verre.? De plus tous ces métaux cités sont ils aussi dangereux que ça? Même le plomb qui entre parenthèses donne quelle maladie. ..?
Les produits de “bien être” comme on dit sont probablement plus dangereux et les sucreries comme la charcuterie tuent certainement bien plus que les bols en céramique. Il faut bien une réglementation mais n’exagérons pas, sachons interpreter.
Dr JG cancérologue entre autre, en retraite et céramiste.

Oncologue n’est pas toxicologue, chacun son domaine de compétence. Si vous souhaitez en apprendre davantage, je vous invite à consulter les publications disponibles sur le site de l’EFSA.

Cela nous renseigne aussi sur la nocivité des poudres d’émaux qui volent dans nos ateliers. Nous avons seulement passé un doigt sur l’émail pour en enlever une épaisseur, ou puisé allègrement dans le pot faisant voler un nuage..ou soufflé sur une pièce pour enlever des traces! Voilà donc ce que nous avons respiré ce faisant! Nous ne portons pas assez d’attention aux étiquettes et aux notices techniques fournies par les fournisseurs d’émaux. Certains sont très toxiques. Et quand je vois une dame dans mon atelier souffler sur sa pièce allègrement poncée en certains point soulevant un nuage d’émail envoyé généreusement sur les voisines, je frémis. Ne pas sous estimer aussi le contact sur la peau. A la longue il peut y avoir du dégât. Non l’émail n’est pas sans danger et écolo.

Bonjour et merci Joelle pour vos cours et vos conseils.
Je me permets d’utiliser vos articles pour étayer mes cours de techno (je suis professeure de céramique: atelier tournage et technologie en lycée professionnel à Antibes). J’ai des CAP et des BAC PRO.
Très cordialement, Audrey.

Bonjour merci pour cela.
Ce qui me conforte ds l idée que les fabricants devraient avoir l obligation de mettre tous les ingrédients utilisés dans leur email, fritté… Ce n est pas normal effectivement.

Bonjour Nathalie, il faut bien distinguer :
a) les émaux frittés : les fabricants doivent indiquer les ingrédients, mais ils ne doivent pas indiquer les proportions exactes : ils peuvent se contenter d’indiquer des fourchettes de valeurs, car ils protègent ainsi leurs formules. Mais cela rend impossible toute interprétation.
b) les véritables “frittes”, pour lesquelles les formules exactes sont connues.

Je suis parfaitement d’accord avec vous Joëlle concernant les risques sur la santé provoqués par les métaux lourds. J’ai été intoxiquée dans l’enfance par des amalgames dentaires contenant du mercure et j’ai développé quelques années plus tard une maladie auto immune qui me gâche la vie. Passionnée de céramique, cette question de la toxicité est essentielle à mes yeux et vous êtes l’une des rares personnes à l’aborder sérieusement. Merci de vos partages.

Bonjour Joëlle,

Merci pour ces informations, il est en effet important de rappeler que, d’une façon générale, faire de la céramique nécessite une bonne connaissance des matériaux que l’on utilise et, lorsque celle-ci est destinée à entrer en contact avec les aliments, il faut y ajouter la connaissance des réglementations auxquelles les objets produits sont soumis

Contrairement à d’autres métiers plus réglementés qui touchent à la santé humaine, on peut s’installer céramiste après une formation à minima et produire de la vaisselle en toute méconnaissance des règles de sécurité que nécessite cette pratique. C’est sur ce constat que le Collectif National des Céramistes au travers de ses commissions fait un gros travail d’information et propose des outils très complets en libre accès sur son site internet.

Après avoir pris connaissance de ton article, la commission réglementation dont je fais partie s’est cependant interrogée sur la portée que peut avoir une telle information publiée sur un média accessible au grand public.

Nous considérons en effet qu’une lecture peut en être faite comme étant “à charge” et peut laisser supposer que la céramique que l’on trouve sur les marchés de potiers et donc issue de nos ateliers “métiers d’art” est, dans son ensemble, dangereuse pour la santé. Nous savons que notre période est riche en informations plus ou moins vérifiées qui circulent à la vitesse de l’éclair sur les réseaux et il est bien souvent facile et vite fait de généraliser.

Certes, il est nécessaire de responsabiliser certains de nos collègues sur la qualité de leur production et tu le fais parfaitement au travers de tes formations. Nous sommes donc complémentaires dans nos actions car cette sensibilisation des professionnels est également le fer de lance des diverses interventions du Collectif National des Céramistes.

Il faut donc également pouvoir reconnaître et faire savoir qu’une grande majorité de nos collègues respectent la réglementation avec rigueur. Une de nos récentes études l’a démontrée de façon éclatante : dans la réglementation actuelle, toutes techniques confondues et dans des conditions normales d’utilisation, 100 % des échantillons analysés sont conformes. Notons au passage que dans cette étude, nous n’avions pas considéré le raku comme étant une technique apte au contact alimentaire quotidien voire intensif : aucun échantillon relevant de ce matériau n’a été retenu.

En effet, puisque c’est l’exemple que tu évoques dans ton article, on peut sérieusement s’interroger sur les pièces “raku” présentée comme étant “utilitaire”. À l’évidence, certains céramistes qui les commercialisent, ont oublié qu’à l’origine, cette technique a été créée pour un usage rituel très codifié, quasiment à usage unique et n’a jamais été prévue pour une utilisation au quotidien. Un peu de pédagogie et d’histoire seraient sans doute fort utile en direction de ceux-là qui mettent sur le marché des objets fabriqués dans cette technique ancestrale sans diffuser d’avertissements préalables à leur clientèle, laissant entendre par cette négligence que ce matériau, au même titre que le grès ou la porcelaine, est apte à un contact alimentaire intensif… ce qui est inexact. Il y a donc là des progrès à réaliser et ce peut être de notre ressort comme du tien !

A l’heure où les matières plastiques qui occupent encore une large place dans notre environnement quotidien sont remises en question à cause des risques qu’elles représentent pour les écosystèmes et pour la santé humaine, je pense qu’il est important aussi de parler de céramique pour ses qualités de sécurité lorsqu’elle est exercée dans les règles de l’art, de durabilité car si sa fabrication dans la pratique “métiers d’art” est (modérément) consommatrice d’énergie, sa durée d’usage la met devant tous les matériaux jetables. Sans oublier bien sur l’aspect affectif et émotionnel que procure une céramique artisanale conçue et réalisée localement par des mains que l’on peut aisément imaginer, voire rencontrer.

Tes publications habituelles vont tout à fait dans ce sens, celle ci nous a surpris.

Amicalement,

En réponse à cette partie de ton mail : “Nous considérons en effet qu’une lecture peut en être faite comme étant “à charge” et peut laisser supposer que la céramique que l’on trouve sur les marchés de potiers et donc issue de nos ateliers “métiers d’art” est, dans son ensemble, dangereuse pour la santé. Nous savons que notre période est riche en informations plus ou moins vérifiées qui circulent à la vitesse de l’éclair sur les réseaux et il est bien souvent facile et vite fait de généraliser.”

Voici ma réponse, co-écrite avec Eric :

Je comprends cette réflexion et souhaite corriger le message s’il avait été compris comme une généralisation d’une pratique non conforme.
Il ne s’agit pas de semer le doute sur toute la production artisanale qu’elle soit proposée en boutique ou sur les marchés.
J’insiste donc sur le fait que la pièce analysée est un raku, que cette technique n’est pas réputée “alimentaire” et que nous le démontrons par une analyse objective.
Il est vrai que nous dénonçons au travers de notre article de blog un comportement totalement inadapté qui consiste à vendre sous le qualificatif “alimentaire” un article qui ne l’est manifestement pas.
Il importe de souligner le fait que ce cas n’est pas représentatif de l’ensemble de l’activité artisanale qui est, de fait, soumise aux contrôles de migrations de métaux lourds.

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